Imaginés par l'architecte catalan Ricardo Bofill au milieu des années 1980, Le Temple et les Templettes forment un ensemble de cinq bâtiments qui épousent, en arc de cercle, le contour du bassin de la Sourderie. Ils font face, de l'autre rive, aux Arcades du Lac et au Viaduc — ce « Versailles du peuple » devenu signature de Saint-Quentin-en-Yvelines.
Manifeste du mouvement postmoderniste, le projet réconcilie l'ambition monumentale de l'Antiquité classique avec la réalité du logement collectif contemporain. Colonnes, frontons, entablements : le vocabulaire du temple grec est transposé ici à l'échelle d'une résidence de deux cents familles.
Près de quarante ans plus tard, la pierre préfabriquée a pris sa patine. Les façades beige et terre cuite dialoguent avec les saules du lac. Le lieu continue d'exister comme une promesse démocratique : celle d'habiter, chaque jour, dans un décor digne des dieux.
Invité en France par Serge Goldberg, directeur de l'Établissement public d'aménagement, Ricardo Bofill trouve à Saint-Quentin-en-Yvelines un véritable laboratoire à ciel ouvert. Les Arcades du Lac sont son premier grand ensemble français — bientôt suivies, sur l'autre rive, par le Temple et les Templettes.
Pour Bofill, un logement social pouvait, devait, ressembler à un palais.
Figure majeure du postmodernisme européen, il signe également les Espaces d'Abraxas à Noisy-le-Grand et de nombreuses œuvres à travers le monde. À sa disparition en 2022, la ville inaugure une allée à son nom, traversant l'ensemble qu'il avait fait naître autour du lac.
Bofill puise dans trois foyers de la grande tradition occidentale. Il n'en cite aucun littéralement — il les convoque, les assemble, les rend familiers.
La rigueur du temple grec — colonnade, fronton, entablement — donne au bâtiment principal sa structure et son nom.
La composition axiale et la majesté classique française inspirent la relation du bâti au lac et les grandes symétries du plan.
Les arcades qui dialoguent avec Le Viaduc évoquent les grands ponts romains — une continuité monumentale entre les deux rives.
Le bassin de la Sourderie n'est pas un décor : il est la raison d'être de la composition.
L'Établissement public d'aménagement avait exigé la création d'un lac artificiel, bassin de retenue destiné à devenir un lieu d'animation fort. Bofill en fait le centre de gravité d'un dispositif spectaculaire : d'une rive à l'autre, les Arcades et le Temple se répondent, se reflètent, se regardent.
Les rues alentour se terminent en impasse, les boulevards passent au large. On ne traverse pas les Temples du Lac — on s'y rend. Le silence y est celui d'une cour intérieure ouverte sur le ciel, peuplée de canards colverts et de couchers de soleil.
En face, de l'autre côté du lac, s'élèvent Les Arcades du Lac et Le Viaduc, également dessinés par Ricardo Bofill — un même ensemble, deux rives, un seul miroir d'eau.
Accès par la gare de Saint-Quentin-en-Yvelines (RER C, Transilien N & U). Parc du Lac écoquartier attenant.